La Fura dels Baus

fura_ban

La Fura dels Baus est un collectif espagnol fondé en 1979. Dans un premier temps axé sur le théâtre de rue, elle se fera connaître grâce à ses performances Accions (1984), Suz /o /Suz (1985) et Tier Mon (1988). La consécration arrivera par la réalisation de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Théâtre d’action, spectaculaire, violent, souvent en extérieur qui utilise les nouvelles technologies, les artistes mèlent les différents médias qui composent leur identité pour créer le « furan language ». Ce langage intègre sous divers aspects les nouvelles technologies : des géants mécaniques pour leur “macro show”, du mapping et aussi de la 3D stéréoscopique.

Les fondateurs de la Fura dels Baus

Les fondateurs de la Fura dels Baus © LaFura

La stéréoscopie est une technique pour reproduire l’impression du relief. La vision humaine étant binoculaire, la perception en relief nécessite de percevoir une image incorporant deux points de vue distincts, adressés à chaque œil. Il en découle divers procédés permettant de concevoir des images stéréoscopiques. La Fura a opté pour le système de 3D anaglyphe. (faire un lien technique) Ce principe repose sur une image composée de deux « homologues » de couleurs complémentaires (souvent rouge pour la vue gauche et cyan pour celle de droite). Ces variantes correspondent au point de vue que chaque œil aurait eu sur la scène. Le spectateur doit alors s’équiper d’une paire de lunettes filtrante dit anaglyphe, qui occulte la partie de l’image adéquate. De ce fait, le cerveau restitue une vision en relief, constituée des deux images superposées.

Lunettes 3D fournies pour le spectacle Turandot © Micaela Baranello

Lunettes 3D fournies pour le spectacle Turandot © Micaela Baranello

Dans ØBS la Fura utilise cette technique d’image en 3D. Ce spectacle porte les caractéristiques du « furan language ». Créé en 2000 par Miki Espuma, il s’inspire de la pièce de Shakespeare, Macbeth, et de l’obsession que le personnage nourrit pour le pouvoir. Pour pouvoir prendre part à l’œuvre, les spectateurs sont emmenés dans une grande tente. Comme dans toute représentation de la Fura, les acteurs investissent l’espace du public. L’auditoire, plongé dans le noir tente d’éviter des organes lancés à leurs encontre et tressaillent à l’approche de machines géantes. En effet, l’espace vide de la tente est occupé par des cadavres mécaniques de très grande taille. Ceux-ci se déplacent à travers la foule en supportant des acteurs. Les spectateurs sortent de leur torpeur en observant deux grands écrans mouvants sur lesquels sont projetées des images vidéos en stéréoscopie. Grâce aux lunettes fournies, le public contemple des projections derrière Lady Macbeth, reprenant les thèmes de la nudité et du sexe chers au collectif catalan.

ØBS, 2000

ØBS, 2000 © LaFura

Turandot est un opéra composé par Puccini en 1924 retraçant l’histoire de la princesse chinoise Turandot. Il est remis en scène par Carlus Padrissa en 2011. Padrissa s’inspire du film 2046 de Wong Kar Wai, réalisateur chinois. Il va tenter de retranscrire dans son spectacle l’ambiance futuriste du film, notamment sur l’éclairage et les effets de lumières accompagnés d’une ambiance musicale très classique. La force plastique balaie la scène par une surcharge dans le premier acte. La présence d’une soixantaine de choristes. La scène équipée d’une patinoire sur laquelle évolue les danseurs est combinée à une vision stéréoscopique en 3D projetée sur une structure circulaire en forme d’iris. C’est une métaphore de Big Brother qui symbolise le pouvoir et la dictature de la princesse. Les moyens visuels employés pour ce spectacle transmettent aux spectateurs un environnement futuriste. La concordance entre la musique, les sons, et les différentes images communique des émotions, des souvenirs juxtaposés à une critique sur le monde qui part à la dérive. L’apparition de l’iris géant annonce la projection stéréoscopique abstraite qui nécessite le port des lunettes. Celles-ci sont réalisées par Franc Aleu, réalisateur des vidéos pour la plupart des spectacles de la Fura.

Turandot, 2011

Turandot, 2011 © Micaela Baranello

La Fura dels Baus était en charge de la direction artistique de l’opéra Sonntag aus Licht composé par Karlheinz Stockhausen. Franc Aleu réalise des modélisations abstraites en relief qui accompagnent la partition du compositeur allemand affichées sur un les écrans de la salle circulaire. Durant la 3ème scène, les spectateurs s’équipent de leurs lunettes pour admirer les louanges de Michael à Dieu, symbolisés par des projections lumineuses. L’union de Michael et Eve, conclusion du cycle de la lumière de Stockhausen, est concrétisée par la fusion de l’eau et de la lumière. La dernière scène s’effectue en simultané dans deux salles, reliées par vidéoconférence, qui se joignent pour la création du monde lors du mariage des deux êtres.

Sonntag aus Licht, 2011

Sonntag aus Licht, 2011 © LaFura

Au cours de ces dix dernières années, la Fura dels Baus a employé et continue de perfectionner son utilisation des nouvelles technologies pour la mise en scène. Les projections en relief offrent un nouveau support à la création d’espace hors du champ de la scène, immergeant le spectateur dans l’œuvre, et participe à leur volonté d’intégrer au maximum le public dans ses créations.