Beyond 3D festival

Le 3D-festival BEYOND du Zentrum für Kunst und Medientechnologie (ZKM) de Karlsruhe se focalise sur les innovations technologiques et stéréoscopiques. Le professeur Ludger Pfanz, organisateur du festival, nous propose de nous questionner sur l’évolution de la 3D. Comment peut-on l’utiliser et l’optimiser? Quelles sont les potentialités de la 3D?

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Pour cela trois domaines : technologie, science et art se sont réunis afin de partager leurs connaissances et de répondre à ces questions. Il faut penser le dispositif au-delà de son rendu esthétique. La 3D ne doit plus se suffire à elle-même, elle doit répondre à une intention. La 3D peut-être un outil de recherche qui permettra à la société de créer de nouveaux concepts.
Le festival propose aux publics et aux professionnels différentes approches du sujet au travers de débats, de conférences, de performances et d’installations. Une exposition 3D a permis aux partenaires du projet de montrer leurs recherches.

La 3D utilise l’existant et le modifie pour créer de nouvelles perceptions :
Création de sensations et nouvelles interprétations de l’objet par l’utilisation de l’univers sonore. L’œuvre est reçue différemment par la stimulation d’autres sens. L’objet est perçu de deux manières : matériel et immatériel/visuelle et sonore.

Peter Weibel, The origin of noise – The noise of the origin, 2013 © Christian Wind

The origin of noise – The noise of the origin, 2013, concert sonore 3D réalisé par Peter Weibel, président du ZKM, a fait l’ouverture du festival. Peter Weibel part du principe qu’au commencement, il n’y a pas de musique, il y a le bruit. Le bruit que l’on connait comme un phénomène acoustique, est ici aussi un phénomène visible. Le son est généré par des objets, des humains et leurs interactions. Pour vivre cette approche singulière du bruit, le spectateur est amené à porter des lunettes 3D. Des nuages de données, des chiffres et des formes sont générés par des sons provoqués par le contact et la position de l’acteur par rapport à l’objet. Une résonnance entre le son et l’image transmise à l’écran permet aux spectateurs de jouir d’une nouvelle expérience sensorielle.

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    Holger Förterer, Der klang der dinge, 2013 © Charlotte Massol

Holger Förterer, Der klang der dinge, 2013 © Charlotte Massol

Der klang der Dinge (The sound of things), 2013, est une installation du scientifique allemand Holger Förterer. L’artiste nous invite à explorer à travers des objets ordinaires (bouteille de vin, papiers) un univers sonore. Le spectateur est muni d’un casque surmonté de trois LEDs suivies par huit caméras infrarouge et un système de tracking. Selon l’inclinaison et la position de la tête, le spectateur peut entendre différents sons. Les objets du quotidien, tangibles, acquièrent une autre dimension grâce au virtuel. Les liens entre les sons et l’objet activent la mémoire et le vécu de chacun. Le spectateur devient acteur et génère les réactions qui vont définir pour lui l’œuvre. La variabilité d’exploration permet à ces installations d’être vues de manière unique par celui-ci.

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Jens Standke, Vinylactites/Vinylagmites : sculptural sound-Archive, 2013 ©  Jens Standke

Jens Standke, Vinylactites/Vinylagmites : sculptural sound-Archive, 2013 © Jens Standke

Vinylactites/Vinylagmites : sculptural sound-Archive, 2013, de l’artiste Jens Standke est une installation sonore, une performance créative : “technofaktur : manual drive” et une recherche artistique. Ces vinyles taillés explorent le paradoxe de ‘‘la simultanéité de la chronologie’’. Les imprimantes 3D chargent les plans de construction de l’objet qui montrent tous les points de la structure. La succession temporelle de ces points devient une juxtaposition spatiale. Partant de ce principe, Jens Standke enregistre des formes d’ondes sonores qui sont retranscrites spatialement par la machine. Les disques vinyles sont taillés dans deux directions : horizontale et verticale. Les formes finales sont celles de stalactites et de stalagmites. Chaque silhouette possède une bande son et une durée d’écoute propre. L’artiste conçoit une œuvre qui fusionne le son et le support de diffusion pour créer ainsi une ‘‘sculpture sonore.’’

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La 3D peut permettre de repenser ce qui a déjà été fait. Avec d’autres moyens elle donne un nouveau regard sur l’œuvre.

Milosz Hermanowicz, Red Lady, 2012, l'archive en 3D à Angers | Ciclic

Milosz Hermanowicz, Red Lady, 2012, l’archive en 3D à Angers | Ciclic

Red lady (6 minutes, Pologne/France, 2012) est essai documentaire stéréoscopique réalisé par Milosz Hermanowicz. Le film met en scène une femme, vêtue de rouge, qui traverse le décor d’une ville hors du commun. L’auteur crée un univers qui mélange les images d’archive filmées et photographiques en relief noir et blanc. Les personnages 2D, tirés de films amateurs anciens, peuvent se déplacer dans un décor en 3D. Des scènes de la vie quotidienne contrastent avec des scènes de violence ; reflet de notre Histoire. Ce film provoque, grâce à la réutilisation d’œuvre passé par des outils 3D, des émotions liés à la mémoire collective.

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Horst Von Bolla, HfG24, 2013, http://hfg24.com/

Horst Von Bolla, HfG24, 2013, http://hfg24.com/

HFG 24 (10 min, Allemagne, 2013) est une émission de téléachat en 3D. (Directeur : Horst Von Bolla, animateur 3D : Oliver Jelko, présentateurs : Dana Hoffmann, Rafael Treite). La 3D est utilisée pour mettre en valeur l’objet à vendre. Cette production destinée au grand public vise avant tout le consommateur. La 3D est là pour appuyer l’aspect commercial et valoriser l’objet présenté. Le téléachat se modernise et donne l’illusion au potentiel acheteur que l’objet de son désir est à porter de main.

Diversité des supports de diffusion de la 3D :
La 3D envahie notre espace. Cette technologie ne se limite plus au cadre qui lui était imposé. Elle investie des lieux à différentes échelles et change leur fonction première.

Thorsten Bauer, Max Goergen, ‘‘What is up?’’, 2010, © 2010 /// URBANSCREEN

Thorsten Bauer, Max Goergen, ‘‘What is up?’’, 2010, © 2010 /// URBANSCREEN

What is up?, 2010, de Thorsten Bauer et Max Goergen est un mapping sur une maison typique allemande. La façade devient un support pour l’image qui la révèle et lui donne vie. Cette œuvre éphémère mélange le théâtre de rue et le cinéma. Les passants peuvent s’asseoir et regarder le court-métrage. La vidéo présente un espace utopique qui possède ses propres lois physiques. Des changements subits de gravité nous rappel que la pièce est fictive.‘What is up?’’ se questionne sur les réactions que pourrait avoir une personne qui ne reconnaîtrait rien à ce qui l’entoure. ‘Le passage d’un pièce contraignante à une autre reflète le parcours de l’esprit. Le spectateur joue le rôle du voyeur en entrant dans l’intimité du personnage. L’invisible devient alors visible, l’intérieur et l’extérieur fusionnent et ne forment plus qu’un seul lieu.

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 Urbanscreen, Lighting The Sails , VIVID Sydney, 2012, © /// URBANSCREEN

Urbanscreen, Lighting The Sails , VIVID Sydney, 2012, © /// URBANSCREEN

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Dans sa conférence, Thorsten Bauer nous expose les exemples d’autres œuvres à plus grandes échelles, les problématiques liées à l’identité de l’architecture dans son environnement. L’œuvre doit être en harmonie avec l’image que l’architecte a donné à son bâtiment. Elle doit révéler le concept : ‘‘donner une expression humaine à l’architecture’’. Les couches de mapping sont des métaphores des costumes qui habillent l’acteur. L’Opéra devient une femme de cabaret qui se dénude et nous permet d’entrevoir sa peau. Les voiles se soulèvent petit à petit, laissant transparaître la vrai structure du bâtiment. Le voile qui recouvre l’architecture revèle le caractère mouvant et changeant du danseur qui se dévoile à chaque représentation ou se cache derrière un personnage. L’image habite le lieu et le lieu est habité par l’image. À la fois, il y a une volonté de rompre la séparation qu’il peut y avoir entrel’acteur et le spectateur car tout les deux habitent le même espace.

Thorsten Bauer expose les enjeux que ces types de dispositifs soulèvent lorsqu’ils ne sont pas exploités pour intervenir de manière pertinente sur l’architecture, et sont projetés sur la façade qui devient un support commercial. La 3D ne doit pas être utilisée excessivement car cela changerait de manière permanente la vision que l’on a du bâtiment dans son contexte spatial. Il doit garder son identité formelle et fonctionnelle pour qu’il puisse être repéré par les gens dans son environnement. Thorsten Bauer parle donc dans cette conférence de la responsabilité sociale de ce qui est projeté, de l’identité architecturale et de la média-façade.

 Till Botterweck, Thorsten Bauer, Searchlight, janvier-mai 2013, © 2010 /// URBANSCREEN

Till Botterweck, Thorsten Bauer, Searchlight, janvier-mai 2013, © 2010 /// URBANSCREEN

Searchlight, 2013, de Till Botterweck et Thorsen Bauer est un projet de recherche technique de projection. Dans un appartement, des projections donnent différents aspects à la pièce. L’interaction entre l’homme et l’image questionne les limites du physique et du visible. Le temps est aussi interrogé : des répétitions se succèdent créant des quiproquos dans le scénario. L’utilisation de projecteurs mobiles permet d’enregistrer la topographie de la pièce. Un programme de projection lance ensuite successivement les différents enregistrements. Les scènes interagissent avec un acteur qui joue en temps réel et un lieu dénué d’aménagement. Ici c’est avec l’intérieur de la structure que Thorsten Bauer travaille. Les volumes qui composent l’espace interagissent avec l’image projetée. Des jeux de cadrage nous révèlent le non visible.

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Holger Förterer, Sculpture 1 - Sediment, 2013, © Lise Jacob

Holger Förterer, Sculpture 1 – Sediment, 2013, © Lise Jacob

Sculpture 1 – Sediment, 2013 est une installation interactive de Holger Förterer. Dans une pièce noire et circulaire, le visiteur muni d’une torche virtuelle explore les murs écrans. La torche, dotée d’une LED à son extrémité, est repérée dans l’espace par des caméras. De l’obscurité jaillissent des sculptures en relief. Les ombres et l’intensité de la lumière varient en fonction de la proximité et de la position de la torche. Le spectateur découvre à la manière d’un archéologue des scènes de spectacle.

3D-expo Beyond festival, Imprimante 3D,  © Benoit Hiel

3D-expo Beyond festival, Imprimante 3D, © Benoit Hiel

L’imprimante 3D permet de passer d’une page plane à un objet en volume. Des stands dédiés aux imprimantes 3D étaient présents au festival. Le visiteur a pu suivre le processus de création des pièces.
Des fils synthétiques de 2 mm de diamètre alimentent les imprimantes pour arriver à la pointe de 0.1 mm qui fait fondre la matière et créer par couches successive un volume. Les objets qui étaient présentés montraient la diversité des créations possibles : une robe, des figurines, des pièces de remplacement. Des tests de mélange de matières telles que le bois et le plastique étaient exposés.
L’accessibilité des imprimantes 3D personnelles ouvre un nouveau marché. En effet, chaque propriétaire pourra fabriquer  des objets grâce au téléchargement de plan sur internet. La possibilité de prolonger la durée de vie des objets ralentira le phénomène d’obsolescence programmé.
Lors de sa conférence, Janjaap Ruijssenaars, montre qu’il est possible de réaliser un bâtiment à l’aide d’une imprimante 3D. L’association de pièces, réalisées par des plans lu par l’imprimante, permettra de créer des espaces habitables. De cette façon l’architecte réussi à faire passer l’image dans une réalité tangible qui lui donne la possibilité d’être habitée.

Les technologies immersives :
L’immersion du spectateur est lié avec la volonté de rompre avec les cadres contraignants du dispositif de projection.

Ina Conradi Chavez, Le phénomène atmosphérique, 2011, capture d'écran de la vidéo, http://vimeo.com/26000685

Ina Conradi Chavez, Le phénomène atmosphérique, 2011, capture d’écran de la vidéo, http://vimeo.com/26000685

Le phénomène atmosphérique, 2011, est un film d’animation en 3D stéréoscopique. L’intention de l’artiste Ina Conradi Chavez est de créer une peinture abstraire, composée de formes géométriques, de lumières et de fluides évoluant dans un espace en mouvement. À travers son œuvre elle invite le spectateur à porter des lunettes 3D dans une salle immersive. Celui-ci se trouve alors entouré par un long écran courbé sur lequel le film est projeté. Ce dispositif  amène le spectateur à pénétrer dans l’univers sensible des phénomènes météorologiques à une échelle qu’il n’a jamais expérimentée. En combinant les nouveaux médias, l’animation et la 3D stéréoscopique, Ina Conradi Chavez crée un espace pictural imaginaire qui permet au spectateur de percevoir et d’expérimenter son environnement autrement.

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(Chorégraphe et danseur : Bertha Bermudez, réalisateur : Maite Bermudez, directeur et développeur artistique : Chris Ziegler), PARADISO senses + spaces, © Chris Ziegler

(Chorégraphe et danseur : Bertha Bermudez, réalisateur : Maite Bermudez, directeur et développeur artistique : Chris Ziegler), PARADISO senses + spaces, 2013, © Chris Ziegler

PARADISO senses + spaces, 2013, (Chorégraphe et danseur : Bertha Bermudez, réalisateur : Maite Bermudez, directeur et développeur artistique : Chris Ziegler) est une série de deux films de danse interactive. Un danseur bouge dans différents décors. Le principe est de transmettre les mouvements et les sensations filmés. Ces dispositifs immersifs les retranscrivent au spectateur. La première installation, celle présente au festival, est portée sur les sens. Le spectateur, allongé dans une chaise, est muni d’appareils : un casque pour l’ambiance sonore, une paire de lunettes pour l’immersion visuelle et des vibreurs sur les bras et  les jambes pour transmettre les mouvements du danseur. Un diffuseur d’odeur, un ventilateur et une image procurent des sensations physiques qui transportent le spectateur dans autre lieu.

(Chorégraphe et danseur : Bertha Bermudez, réalisateur : Maite Bermudez, directeur et développeur artistique : Chris Ziegler), PARADISO senses + spaces, 2013, © Chris Ziegler

(Chorégraphe et danseur : Bertha Bermudez, réalisateur : Maite Bermudez, directeur et développeur artistique : Chris Ziegler), PARADISO senses + spaces, 2013, © Chris Ziegler

La deuxième installation porte sur l’espace. Les mouvements du danseur guident le spectateur et l’amène à suivre les angles de vue de la caméra. Grâce à ces dispositifs celui-ci franchi la barrière de l’écran. Le ressentie et la participation sont les éléments étudiés dans ces concepts.

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 VOID.1 & VOID.2, Jens M. Stober, ZKM_Gameplay – The Game Platform at the ZKM, Beyond Festival 2013, © Charlotte Massol

VOID.1 & VOID.2, Jens M. Stober, ZKM_Gameplay – The Game Platform at the ZKM, Beyond Festival 2013, © Charlotte Massol

VOID.1 & VOID.2, 2013, sont des installations interactive et immersive, premiers travaux de la série réalisée par Jens M.Strober.
En position debout, le joueur est amené, en mettant l’Oculus Rift, à entrer dans un monde virtuel. Ces lunettes lui font perdre ses repères spatiaux. Seuls les mouvements de la tête guident le joueur. Une des installations présentaient un jeu qui consiste à attraper des balles en se déplaçant dans l’espace. Le spectateur est tenté de reproduire des gestes non pris en compte par la machine. L’Oculus Rift utilise le langage visuel uniquement, la tête est amené à suivre le regard.

 Lise Jacob et Charlotte Massol.