LE 3D BEYOND FESTIVAL DE KARLSRUHE : La 3D, un langage adapté à nos nouveaux modes de représentation ?

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La 3D, un langage adapté à nos nouveaux modes de représentation ?

« Je tiens à donner une image de mon temps avec les moyens de mon temps. »

Georges Seurat, peintre impressionniste.

Selon Peter Weibel, directeur du ZKM, l’art est en décalage avec les représentations contemporaines du monde, qui se sont modifiées en raison d’une accélération technologique sans précédent. L’art n’arrive pas à exploiter efficacement les moyens d’expression qui sont à sa disposition. Il propage une vision surannée du monde. Pour donner une image juste de son temps, il faut utiliser les moyens de son temps.

Trop de transformations sont intervenues dans le domaine social, technique et scientifique pour que l’on puisse évoquer les problèmes contemporains sur les formats de scène traditionnelles, au rapport frontal ou par l’intermédiaire d’une projection classique.

On observe une réelle fascination pour les innovations technologiques chez beaucoup de créateurs contemporains. Mais ces artistes, ne créent pas des contenus véritablement adaptés aux besoins et aux questionnements des nouvelles technologies parce qu’ils n’en maîtrisent pas tous les enjeux

Les centres artistiques média-technologiques et les événements qui leurs sont associés se focalisent sur les questions liées à l’exploitation des innovations technologiques.

Le festival 3D BEYOND, qui a  eu lieu du 3 au 6 octobre 2013 au ZKM, s’est ainsi interrogé sur les nouvelles formes narratives, les opportunités de mise en scène que la prise de vue stéréoscopique, la réalité augmentée et les nouvelles techniques de visualisation offrent.

Pour le directeur du ZKM, nous sommes des particules perdues dans un océan de données, des supports de données, des chasseurs de données.

L’effacement des repères spatiaux laisse plus de place à « l’espace des possibles », à l’illusion. Avec la dématérialisation des données, l’apparition d’une « réalité augmentée », la limite entre illusion et réalité est de plus en plus poreuse. Selon lui, le numérique brouille les repères identitaires : tous les sons peuvent être, par exemple réunis dans un seul objet, là où avant, chaque objet avait une identité, un son propre. On peut générer informatiquement de nouveaux sons avec l’interaction du public qui devient partenaire de création.

Les cadres de production d’une œuvre et les rapports entre œuvre et spectateur sont donc chamboulés. 

Son spectacle, « The Origin of Noise – Noise of origin », présenté au festival, porte sur le bruit. Le matériau musical principal est le bruit. Le bruit est non seulement un phénomène acoustique, mais il peut-être aussi visuel. On peut le voir sous forme de neige sur l’écran des téléviseurs. Le bruit émerge à partir d’objets, mais il vient aussi de l’être humain, l’observateur. Selon Peter Weibel, le bruit est un phénomène interactif entre la matière et l’être humain, entre le monde et l’homme .

Tout au long de la performance, les sons et les images proviennent des objets, des humains et de leurs interactions.

Der Klang der Dinge (The Sound of Things) from Holger Förterer on Vimeo.

Dans le même registre, dans les installations de Holger Förterer, les déplacements du spectateur activent les écrans et les sons. Des objets, manipulés par le visiteur, permettent de faire réagir les surfaces grâce à un système de localisation spatiale. Les installations seront visitées différemment, selon le parcours choisi par chaque personne.

Ces artistes essaient d’aider le spectateur à se retrouver dans ces espaces, à se les approprier.

Le professeur Ludger Pfanz est un des principaux organisateurs du festival. Producteur, réalisateur et auteur, c’est un grand spécialiste de la stéréoscopie. Il est le fondateur du laboratoire de recherche de contenu « Expanded 3 Digital Cinema Lab ». Selon lui, il faut dorénavant penser la création les cadres et la narration sous forme d’espaces ouverts. En plus de la construction du suspens ou de la tension dans le temps, il faut aussi tenir compte de la tension de l’espace. Le spectateur doit avoir la liberté d’y développer une surface de projection personnelle.

Le monde étant vécu maintenant dans des espaces interconnectés physiquement ou virtuellement, il faut que tous les outils développés tiennent compte de ces nouvelles représentations.

On assiste au développement croissant de contenus non liés aux stratégies de diffusion conventionnelles, notamment dans le champ d’internet. Leur capacité à mobiliser de façon profonde et interactive le spectateur est au centre de leur développement. Il s’agit de plus en plus de médias sociaux.

Des services de transport numérique de données volumineuses entre des équipes géographiquement très dispersées comme le «CinemaCloud » ont été envisagés pendant le festival.

Ce type d’offre peut aussi être mis en relation avec le développement des solutions existantes de calcul numérique intensif (HPC) qui permettrait l’amélioration des performances des dispositifs générant du contenu en temps réel.

Le mode de représentation visuelle tel qu’il est produit par la technique doit rendre compte de notre système de perception de l’espace. Le cinéma est concerné mais aussi toutes les techniques médiatiques et tous les concepts communicationnels : les jeux vidéo en réseaux, les « mondes virtuels » de socialisation dans le WEB à interface 3D et les équipements professionnels spécialisés de télémaintenance ou de téléchirurgie.

Le festival se veut interdisciplinaire, conciliant sciences, arts et technologies. Des entreprises issues du domaine médical notamment ou expertes dans la visualisation de données en 3D sont partenaires du projet.

Éveil 3D est, par exemple, un dispositif d’imagerie destiné à l’éducation linguistique dont la pédagogie est basée sur la stéréoscopie.

Les représentations spatio-temporelles contemporaines sont de moins structurées par des repères fixes. La technologie qui véhicule la culture actuellement est une technologie de communication. Elle est un média social. Cette technologie fait partie intégrante de notre vie quotidienne. Les hommes sont anthropologiquement conditionnés par les nouvelles représentations de l’espace. Le développement technologique est assujetti aux représentations contemporaines de l’espace, qu’il contribue à produire. L’homme a toujours cherché par ses productions artistiques des propriétés d’enveloppe pour s’extraire du réel. Pour répondre aux nouveaux besoins, les produits culturels doivent être pensés dans une approche résolument immersive.

La 3D semble apporter une réponse actuelle par sa capacité à explorer un nouvel « espace des possibles ».

Pour aller plus loin dans la découverte des œuvres du festival, vous pouvez consulter cet article de Charlotte Massol et Lise Jacob aussi présent sur le site internet du colloque “Des images habitables”.

Yann Alexandre Soubai